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lundi 13 juin 2016

Ecrire

Je serais bien incapable d'expliquer ce paradoxe, j'aime écrire, mais je n'aime pas être lue.
C'est ainsi depuis que je suis toute gamine.
Parfois, je me dis que c'est à cause de la réaction de mon père lorsque j'étais petite et que j'avais commencé à écrire mon premier roman. Nous étions à Brest, j'avais donc entre 7 et 8 ans et demi. J'avais commencé à écrire une histoire d'explorateur dans la jungle, qui se faisait capturer par une tribu sauvage et que le chef voulait tuer, torturer, manger, ... bref je ne sais plus, mais la fille du chef tombait amoureuse de l'explorateur et s'interposait entre son père et lui.
Papa a lu mon manuscrit à voix haute et s'est moqué de moi devant Maman et mes jeunes frère et soeur. Bien entendu, tous furent du côté du rieur et ce fut pendant des années une plaisanterie familiale que mon imagination et mes écrits.
J'ai grandi, j'ai continué à écrire.
Mes écrits recevaient compliments et encouragements de mes institutrices puis de mes professeurs, mais à la maison, ils ne rencontraient qu'indifférence et un certain mépris.
A l'adolescence, j'ai découvert l'Ecriture Automatique, ce fut une merveilleuse révélation.
Prendre son crayon, une feuille, fermer les yeux et dire au crayon "A présent, écris. Ecris ce que tu veux, comme tu veux. Pas de grammaire, pas de syntaxe, pas d'orthographe. Tu es libre, je te suis"
J'ai remplis des cahiers de ce genre d'exercices libérateurs et plus que révélateurs, jusqu'au jour où... j'avais laissé mon cahier ouvert sur mon bureau (je n'avais rien à cacher) et ai entendu mon Père s'exclamer "Mamamamama ! Qu'est ce que c'est encore que ces âneries qu'elle s'est mises dans la tête ?"
J'ai tenté de lui expliquer ce qu'était l'écriture automatique, mais Papa, à l'instar de toute ma famille, est très cartésien et "la lanterne délirait dans la lumière jaunâtre d'un fanal bleu", c'était une ânerie qu'un être sain d'esprit ne pouvait pas écrire et encore moins concevoir.
"Allons ma fille, il serait temps que tu mettes les pieds sur terre. Depuis quand une lanterne est-elle capable de délirer ?"
C'est à peu près à la même époque que mes parents m'ont obligée à me rendre à la surprise-partie organisée par une amie...
Maman, quant à elle, posait un regard froid et condescendant sur mes écrits, les jugeant pleins d'improbabilités et d'erreurs.
Je n'ai jamais compris d'ailleurs d'où pouvait me venir ce goût pour le théâtre et la poésie, dont je n'avais jamais entendus parler chez nous.
Pour mon père, il n'y avait qu'un seul poète valable, dont nous possédions les oeuvres, Jean de La Fontaine et ses Fables.
Le temps a passé depuis mon adolescence et j'ai continué d'écrire, plus ou moins, mais je ne leur ai plus jamais rien soumis, à eux ni à autrui sinon sous un pseudonyme et j'ai gardé ce malaise face aux regards extérieurs, tant sur mes écrits que sur mes dessins, d'ailleurs.
Malgré tout, c'est plus fort que moi, j'ai besoin d'écrire, de coucher mes opinions, mes idées, mes émotions par écrit, comme pour être certaine de pouvoir m'exprimer sincèrement, comme je le souhaite au moins une fois.

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